novembre 26

Ce que nous pouvons offrir de mieux au monde – exprimer notre amour malgré nos désaccords

Partager son amour pour Dieu et vivre dans sa communauté en inspirant la présence de Dieu est au cœur de la mission et du ministère du nouvel évêque de Chelmsford, le révérend Guli Francis-Dehqani.

Née en Iran, dans une famille qui a quitté le pays à la suite de la révolution iranienne de 1980, alors qu’elle était âgée de 13 ans, l’évêque Guli n’a jamais pu y retourner. Elle est depuis peu évêque de l’Église d’Angleterre, dans un très vaste diocèse qui s’étend de l’ensemble du comté d’Essex à l’est de Londres.

L’évêque Guli s’est entretenue avec l’équipe de la Conférence de Lambeth sur ce que signifie pour elle le leadership et sur ses principales préoccupations en tant que leader.

« Quand je pense au leadership, cela me rappelle ce stress qui nous oppresse au quotidien. Je ne pense pas que le leadership soit un concept particulièrement chrétien. Ce terme n’est pas clairement évoqué dans le Nouveau Testament, mais c’est un concept qui est devenu très populaire aujourd’hui. Quand je pense au leadership du point de vue chrétien, je pense à quelque chose comme la serviabilité. En fait, ce serait un synonyme du mot ministère, j’exerce donc mon ministère en remplissant mon devoir de leader. Il s’agit donc de tâches et de qualités telles que le service aux autres, la loyauté envers Dieu et le souci d’être présent aux côtés des autres. En reflétant cela sur mes priorités, c’est d’essayer d’être une présence visible et un signe de l’amour et de l’attention de Dieu pour chaque individu, et d’essayer d’encourager notre clergé et nos leaders laïcs dans nos paroisses à faire vivre ce même sentiment au sein de leurs communautés. »

À votre avis, quels sont les problèmes les plus pressants auxquels notre monde doit faire face ? Et où, selon vous, on a le plus besoin de faire entendre la voix de l’Église ?

« Il y a tellement de défis majeurs à relever, tant pour l’Église que pour la société tout entière, et le plus grand défi pour nous serait sans doute celui de la crise climatique, c’est-à-dire celui de savoir si on est réellement des gardiens de la terre. Le côté particulièrement tragique de la crise environnementale, c’est qu’elle touche ceux parmi nous qui sont les plus défavorisés financièrement et ceux qui sont le plus victimes de discrimination et de marginalisation, partout dans le monde. Voilà ce que je considère être le plus grand défi auquel nous sommes confrontés en tant qu’individus et en tant qu’Église. »

« Nous, représentants de l’église, tenons à apporter notre contribution dans ce combat en nous engageant à être de meilleurs intendants des ressources dont dispose l’humanité. D’ailleurs, le Synode général de l’Église d’Angleterre s’est engagé à atteindre un taux net de carbone nul d’ici 2030. Je tiens à souligner que le diocèse que je représente et tous les autres diocèses de l’Église d’Angleterre tentent par tous les moyens possibles d’atteindre cet objectif au sein de nos communautés, notamment par une gestion plus durable et plus responsable de notre vie. »

« L’autre défi tout aussi majeur que je tiens à souligner est celui de la montée des divergences dans les débats publics et dans la façon dont nous manifestons nos différents points de vue, voire dans les cas les plus extrêmes, à savoir les actes de terrorisme. Il y a quelques jours à peine, un député a été assassiné dans le diocèse que je sers, un acte qui a évidemment choqué et ébranlé notre communauté. Voilà donc le côté extrême de la problématique, mais d’un autre côté, il devrait y avoir des moyens plus sages de gérer nos différences et nos désaccords, peu importe leur degré de divergence, lequel pourrait être attribuable en partie aux médias sociaux, qui ne laissent pas vraiment de marge de manœuvre pour le droit à la différence et aux nuances. Je pense que notre société est en train de basculer dans un système « binaire ». Une tendance qui risque de compromettre nos vies, à la fois dans la société au sens large, mais aussi parfois au sein de l’Église. Sans doute notre plus grande contribution au monde serait-elle de faire preuve d’amour et de respect les uns envers les autres, même en cas de désaccords. »

Comment voyez-vous votre rôle en tant que leader quand il est question de redonner espoir aux gens dans les moments difficiles ?

« Au lendemain du meurtre de Sir David Amess, qui fut député dans le diocèse que je sers, mon rôle de leader a été de me mettre aux côtés des gens et de les écouter. Bien souvent, on accorde tellement d’importance à ce que les personnalités publiques ou les leaders ont à dire, mais dans des moments comme ceux que nous venons de vivre, on se dit que tout ce que l’on peut faire, c’est écouter. J’ai été dans la circonscription électorale qu’il représentait. J’ai été aux côtés des gens. J’ai visité l’église où il a été assassiné. J’ai rencontré des membres de notre clergé, et je les ai écoutés raconter leurs histoires et leurs expériences, c’était pour témoigner de notre présence à leurs côtés dans cette épreuve. Nous y sommes tous ensemble. Je n’ai pas réponse à toutes les questions. Je crois qu’il est vraiment important pour nous, en tant que leaders chrétiens, de reconnaître que nul de nous ne peut répondre à tout. Ce que nous savons, c’est que le Christ Jésus, que nous servons, a lui-même connu la souffrance. Je dirais donc que, d’une manière quelque peu mystérieuse, c’est dans nos moments les plus difficiles que nous sommes le plus proches de Dieu. Je ne veux pas dire par là que la souffrance est quelque chose de bon en soi, mais que dans les moments de souffrance, notre foi en Dieu devient plus intense. En fait, dans des situations comme celle-ci, le leadership, c’est consacrer du temps aux autres et savoir les écouter. »

Qu’est-ce qui vous passionne dans la mission de la Communion anglicane et comment peut-elle être une force pour le bien dans la décennie à venir ?

« Je pense que la force de l’anglicanisme a toujours résidé dans la faculté de s’unir dans les moments difficiles, peu importe les opinions divergentes sur un grand nombre de sujets. C’est donc une expression très large du christianisme. C’est par nature très inclusif. C’est d’essayer de trouver un espace pour tout le monde, où que l’on soit. Je pense sincèrement que cela pourrait être notre plus grand cadeau au monde. Si nous pouvons trouver un moyen de porter cela dans l’amour, ce qui revient à s’écouter mutuellement avec attention et à s’ouvrir aux possibilités de changement. Voilà comment permettre aux changements de s’opérer, ce n’est pas en se lançant dans un débat avec la conviction absolue d’avoir raison et de faire valoir son point de vue. On doit plutôt apprendre à écouter d’abord, et ne pas avoir honte de changer son avis, ou du moins de créer un peu d’espace en soi pour un avis auquel on n’est pas entièrement favorable ou auquel on ne s’attend pas forcément. Si nous pouvons vivre avec cette attitude en tant que membres de la Communion anglicane en dépit de la diversité de nos cultures, de nos vécus, de nos langues et de nos contextes, nous aurons alors quelque chose de vraiment significatif à offrir au monde. »


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